29/04/2005

Chloé D. : Hommage à son ramage

Lettres offertes
Lettres ouvertes

à Chloé Delaume

 

 

Chloé

 

Suite à tes mots saillants, nous (B.I.T.C.H et B.I.T.C.H Boys) avons collecté les impressions, ramassé les ressentis et en avons fait une suite, comme un cadavre exquis qui souffre encore de ne pas être assez mort d’avoir mordu dans tes pages. Lis et approuve, relis.

 

Absinthe.

 

Le sexe est la seule plaie

qui ne referme JAMAIS.

 

C’est ça être femme, saigner ? Et sentir la honte ?

 

Comme des pièces de puzzle, je me suis aussi emboîtée avec d’autres. Et la surface lisse m’a fait prendre mon pied. Jusqu’à ce que je découvre un monstre prisonnier de ma vulve, jusqu’à ce que je sente une odeur débile de mort au fond de mon vagin. Jusqu’à ce que la jouissance me fasse un trou cardiaque douloureux. Jusqu’à ce que la honte m’immobilise.

J’étais absente. Cérémonieusement je résistais, nuque et poings serrés, au frottement de son crâne rasé, qui comme du papier de verre râpait mes lèvres. Les grandes, puis les petites. Lui s’engouffrait comme un taureau. Se jetait tête la première. Je ne sais ou…Il s’immisçait dans mes intimités, et déjà mon corps ne m’appartenait plus.

J’étais le réceptacle de ses ratés, le punching-ball incarnant ses actes manqués.

Il est la somme, avec un peu de bête amour, des autres monstres de pierre.

Je n’ai pas appris à me vider la bouche. Elle était toujours pleine.

Ce n’est pas de ma faute.

Ses mains me pétrissent, pétrissent, me pétrissent le corps. Je me déforme pour de bon. Pour de bons quoi ? Pour rien. Pour lui. Toujours. Chaque « tu es bêlle » m’enfonce un peu plus dans la tombe. Je ne grandis pas sous les coups de reins mouillés. Je vieillis, difforme, mutant du désert. Et ce n’est pas de ma faute. Je ne me suis jamais appartenue.

 

Cette terre déshéritée en apparence, mais très féconde en réalité, se sépare du métal fondu en un simple et ferme coup de maillet.

 

L’objet témoin, entre mains, entre fesses, entre lèvres se fraye un chemin toujours plus profondément.

 

Aucune terre n’a été laissée vierge mon Seigneur, partout nous étalions nos cantiques. Au nom du Dieu vainqueur.

 

Les conquérants. Moi je les aime au repos. Les guerriers.

 

Martyrs de Babylone sur leur cheval drogué.

 

Mais là

Crois moi

Il a fallu durcir.

Renforcer les rangs,

Quand il creuse pour semer sa tâche l’indélébile.

 

J’ai musclé mes entrailles qu’il a prises d’assaut.

Tu comprends.

Il se devait, de semer, planter, arroser, pour la victoire de ses semblables.

Perpétuer l’espèce de connard.

Et moi

D’un simple et ferme coup de maillet.

Entre mes jambes.

Ta race maudite.

Prend fin.

Elle n’est plus si petite la mort, hein ? T’as les yeux grands ouverts ?  Un goût d’inachevé mon chéri ?

Par la force, ils nous on eu.

Par la force j’te dis.

D’un simple et ferme coup de pénis.

 

Métal fondu sur la matière féconde.

 

Les yeux grands ouverts.  Qu’est ce qui t’arrive chéri. L’objet de mes délires. Je n’ai pas pris mon pied, juste mon maillet. Pour te dire comme je t’aimais. Fondu.

 

Sans arme à pointer.

 

Mozhorus.

 

Petit insidieux stylet effilé.

Comme la pointe d’une langue en fil de fer enfilé dans le corps spongieux d’une cécité entendue.

C’est bien douloureux, c’est bien dans le crâne comme une voix qui tourne et lècherais les recoins des coins des bouts en pliage d’angle aigu.

Fellation intello textuelle des faces blêmes de l’ego qui se leurre.

 

«-Hi han hi han »

 

-« C’est quoi tes esgourdes hémorroïdaires qui te poussent dans l’anus, Pinocchio ?

C’est quoi ton complexe vif, ton vit en con plexus de l’air de rien ; tes charpies de testicules hachées au menu ?

T’as les lambeaux de peaux à grignoter en purée; l’eczéma plaintif, geignard.

 

Tu veux savoir ?

 

Hi han hi han

 

T’as une putain de masculinité émasculée par tes frayeurs d’enfants…

Tu sais plus pourquoi mais te laver la bite au Cif™ ne suffira pas ; c’était quoi ?

Bite de cousin dans ta bouche, paume serrée sur tes couilles ? Main de « Moman » dans ton cul taille cinq ans ?

Tu sais pas, plus, tu veux pas mais ça reste là comme une tache sur un torchon trop blanc.

C’est toi le torchon.

Étiré, cintré, torsadé, torche à jute des lambeaux de ta peau, larmes coincées dans tes glandes latrines mâles.

 

Hi han

 

C’est pas grave va, « lèvre toi et marche » comme disait Marie Bas de laine.

Tu finiras par en sucer de plus grosse que la tienne pour ne pas voir l’indécent mouvement flasque de ta mémoire te juter au visage.

Tu le sais ; tu ne diras rien, ne pleureras plus, n’entendras plus les gémissements poussifs de ton enfance aux cuisses bleutées écartelées bien larges par ces doigts.

Tu ne sauras plus, tu ne diras plus rien.

 

Hi han !

 

On te pétera les dents en même temps que tes reins pour que tu ne dises plus rien ; plus rien.

 

Tais toi et mâche !

 

Han…

 

Tveroz.

 

Mon dos épousait la chaleur du soleil répandue sur le plancher, dans cette lumière franche on aurait pu croire que j’étais bien. Enfin bien… Pour les autres…

Hors de ma boîte crânienne ma vie est d’une simplicité quasi prolétaire mais, quand je suis couché sur le sol dans un calme recherché, sans intrusion parasite du monde, je goûte au tumulte intrinsèque, aux conflits intestins.

 

Dans les mains, j’avais un livre éplucheur, c’est vous dire si je jouissais, en lisant je m’évertuais à faire de belles chutes de peau, depuis l’occiput jusqu’aux talons en essayant de ne pas briser la continuité des épluchures dermiques. Planté dans la peau molle sous mon menton, je sentais la pointe d’un chausson de Saint-Jean pénétrant suffisamment ma chair pour entraver une déglutition normale… Alors oui, j’étais bien tu penses !

 

Pourquoi tu crois que j’aime fumer à jeun quand la gorge est aride ? Tu crois que j’aime lire Bataille parce que c’est imprimé en italique ? J’aime être la souris verte qu’on montre à ces messieurs en la prenant par la queue et qu’on balance dans le chaos d’un brouet acide. Ses mots étaient des gifles et je souriais de ce rictus teinté de mort et d’érotisme… Ithyphalle charmé au son d’une plainte spasmodique, le bas-ventre honteux, la tête renversée comme si j’étais le sujet d’une toile de Chagall, une foire aux sensations, tout sens dehors prêts à se confronter à des salves d’une violence insoupçonnée.

Je me recroquevillais, fœtus à la conscience adulte, sorte de saumon remontant le fleuve, cherchant la chaleur d’un vagin maternel, à la porte d’entrée on avait laissé ce mot :

 

« Fermé pour cause de ta gueule ! »

 

Ne demandez pas à un cosmonaute de faire du breakdance à son retour d’une longue mission orbitale alors ne me demandez pas d’être clair après une lecture qui m’a éloignée de mon sexe !

J’étais la honte confrontée au regard du monde, que je sois là ou ici j’étais au centre avec ces yeux encastrés dans les murs de la ville entouré d’index déictiques. On m’avait mis à poil pour devenir monstre, derrière la porte il y avait du bruit, miasme auditif, des voix gutturales, des rots, des rires fêlés, des râles et puis… en tournant la page on m’a poussé dans le dos et je suis entré illico dans la cadence burlesque d’une farandole d’hommes aux attributs grotesques, j’avais quitté la violence de ses mots pour l’agressivité du monde… Mais ? Bordel ! CA n’a rien à voir ! Dans la violence, il y a le désordre qui permet de jouir et me voici geignant comme un porc dont on a raté l’abattage :

 

« Je ne suis pas comme eux ! »

 

Quand elle m’a tendu le livre elle m’a dit :

 

« Euh… Je ne sais pas si ça va te plaire, c’est très féminin ! Mais tiens ! Pourquoi pas ? »

 

Elle commençait à me connaître, j’ai une paire de couilles pour répondre aux exigences des administrations et puis pour pas faire trop tache dans les vestiaires des piscines, ou rassurer les médecins…

Tu penses si je me suis fais cueillir en lisant ce bouquin ! On m’a pas plongé dans le Styx moi tu sais ? Je suis une vermine orgueilleuse et inculte qui ne peut que parler d’elle pour parler de vous, de toi aussi…

 

Dis ?

 

Tu crois pas que j’ai aussi entendu ton rire retentir ? Démiurge à l’ironie sévère, c’était comment d’écrire ça ? Y’a parfois de cette lucidité effrayante des poivrots, des aveugles de tragédie habitant des cages d’escalier…

C’est dur de lire quand on a un semblant de vie, j’ai plus le souffle, peut-être un jour je te dirais pourquoi ?...

 

Milady.

 

J’avais cru les voir, les entrailles, les poitrails, les portails. Avec ou sans rimes, le rythme des dents qui mastiquent sur ma glotte, je croyais avoir connu.

mais

J’ai été leurrée. Comme nous tous avant la Fin.

Avant certains livres, je misais. Depuis certains livres, je lis. Quelle superbe ode à la vie que de dénoncer les morts, quelle magnifique aria dell’arte que de détruire la violence par les emblèmes torpilles.

 

Behaviour breeds behaviour.

 

Tchernobylée, siphonnée, parachutée, insufflée. Je suis.

Je ne dis plus rien, j’attends le pose palettes pour renifler le sol de nouveau. Qu’on ne me pousse plus. Qu’on ne me dévie plus.

Mais ça, je le crie quand j’ai peur. Tu m’as fait PEUR.

Mais j’ai plus peur. Enfin, un peu moins.

J’ai saisi les alliances avec mon dedans, décroché les toiles parquées dans les coins et balayé des cheveux blancs, des touffes qui gisaient là.

 

Tes jeux résonnent dans mon préau.

Ecris, t’aurais pas vu mon lâcher prise ?

Dis, t’aurais pas su que j’étais grise ?

 

T’as attrapé le hasard de l’orpheline qui apprécie le placard, moi, j’en voulais des comme les tiens, des parents morts, parce que la rancœur, c’est pas la soupe qui fait grandir.

 

Et la fibre INTERNELLE, celle qui fait bouger les mains dans les ombres, celle qui mange les crocodiles sous le lit de rouille, la voiE intérieure qui dit oui, qui dit non, qui sait jamais, qui part tout le temps, qui revient pourtant. Tu l’as apprivoisée où ? T’en as une à me prêter ? Copine ? Dis… tu joues avec moi ? J’ai souvent rêvé d’une Sistoeur comme toit.

 

C’est elle, cette proximité du ‘tous les jours’, l'imminence rapprochée que tu as crachée qui bouleverse mes dons, mes acquis et même mon instinct. Sauf que tu salives vite, que tu sembles connaître la trajectoire et tu diriges le jet vers le bon mur, ma différence réside dans mon brouillon, mon brou-haha, mon clou.

 

« Tu ne sais pas écrire, tu ne lâches rien», c’est presque ça qu’il m’a griffonné sur les doigts, le personnage Chloé Delaume.

Presque, parce que derrière tout ce blabla, y a des lignes laiteuses qui donnent des ondes de choc dans les seins, ça provoque fort, ça dérive puissance mille, ça radicalise, ça exige, ça réveille, ça pompe, ça frime, ça gicle, ça plagie, ça tourne… silence, ça tourne… et c'est grave mieux.

 
 
 
 
(Art by Abs)

23:13 Écrit par B.I.T.C.H | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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